Chaleur au travail en Suisse : quelles sont les obligations des employeurs ?

chaleur travail
11 minutes de lecture

Lorsque la température monte dans les bureaux l’après-midi ou que votre équipe effectue un travail physique à l’extérieur, vous devez prendre des décisions rapides : quelles sont les règles en cas de chaleur au travail, quelles sont vos obligations pour protéger vos collaborateurs et comment mettre correctement en œuvre les adaptations au sein de l’entreprise ? Vous trouverez ici les bases juridiques, des mesures de protection concrètes et des conseils pratiques pour les RH.

Résumé

  • En cas de forte chaleur au travail, il n'y a pas de suspension automatique du travail. L'évaluation des risques dans l'environnement de travail concret est déterminante. Les employeurs doivent évaluer les dangers, définir des mesures de protection adaptées et former les salariés.
  • Les mesures appropriées vont de la mise à disposition d’eau, d’un endroit ombragé et de pauses supplémentaires à l’adaptation des horaires de travail, au début précoce de la journée de travail ou à un autre lieu de travail. La température, l’humidité de l’air, l’intensité de l’effort et le poste de travail sont des facteurs déterminants.
  • Pour les RH, outre la protection, la mise en œuvre rigoureuse est également importante : les horaires d’été, le télétravail, les changements d’équipe, le travail de nuit et les exceptions doivent être consignés de manière traçable, afin que la direction, les RH et la paie travaillent avec les mêmes données temporelles.

Quel est l'impact des températures élevées sur le travail ?

La chaleur au travail nuit à la santé et engendre des risques supplémentaires sur le lieu de travail.

Une pièce chaude a des conséquences différentes selon l'environnement de travail. Au bureau, la concentration diminue, les maux de tête se multiplient et des pauses supplémentaires deviennent nécessaires. Dans l'atelier, s'ajoutent à cela la chaleur dégagée par les machines, les vêtements de protection et le manque de circulation d'air. Sur un chantier, l'exposition directe au soleil, l'effort physique et les surfaces claires aggravent encore la situation. C'est pourquoi une même température n'entraîne pas automatiquement le même risque.

Pour l’évaluation, les éléments suivants sont particulièrement importants :

  • Température de l’air
  • Humidité relative
  • Rayonnement solaire
  • Circulation de l’air
  • Effort physique
  • Vêtements

Le SECO précise que la transpiration devient particulièrement importante à partir de 30 °C. Concrètement, cela signifie qu’il ne faut pas se contenter d’évaluer la valeur mesurée, mais prendre en compte la situation de travail réelle.

Une température de 31 °C dans un bureau mal ombragé et équipé de nombreux appareils nécessite des mesures différentes de celles requises pour une température de 31 °C lors d’un travail en extérieur tôt le matin avec des pauses à l’ombre. Seule cette analyse permet de prendre une décision adaptée au contexte de l’entreprise, plutôt que de se contenter de regarder le thermomètre.

Définition

La chaleur au travail désigne l'interaction entre l'environnement, l'effort physique et l'état physique de chacun. Le corps maintient normalement sa température centrale entre 36,5 et 37,5 °C. Lorsque la température et l'humidité augmentent, ou en cas d'effort physique, la dissipation de la chaleur devient plus difficile. Cela accroît le risque d'épuisement, de perte de concentration et de coups de chaleur. La chaleur devient un risque pour la santé lorsque le corps ne parvient plus à maintenir un équilibre suffisant malgré la transpiration et le repos.

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Quelles sont les obligations en cas de forte chaleur au travail ?

En cas de forte chaleur au travail, il n'existe pas de seuil de température fixe entraînant automatiquement l'arrêt du travail. Les employeurs doivent évaluer les risques et organiser efficacement la protection de la santé.

Cette obligation découle de la loi sur le travail (LTr) et du Code des obligations (CO). L'article 6 LTr impose aux employeurs de protéger la santé de leurs collaborateurs. L'article 328 CO exige que la personnalité et la santé des collaborateurs soient protégées. Il n'en résulte pas un arrêt de travail général en cas de forte chaleur, mais bien l'obligation de prendre des mesures adaptées au lieu de travail concerné.

Au bureau, l’ombrage, la ventilation, les boissons, les pauses ou les modalités de télétravail peuvent être envisagés. Lors d’interventions en extérieur, dans l’industrie ou sur les chantiers, l’accent est mis sur le rythme de travail, l’ombrage, la rotation du personnel et des horaires adaptés. Les responsables doivent en outre faire connaître ces règles. Quiconque décide de mesures de protection doit les communiquer clairement et les documenter en interne.

Il n’existe pas de droit légal général à une suspension du travail en raison de la chaleur pour tous les salariés. Si la protection ne peut être garantie dans un cas particulier, une interruption du travail peut néanmoins s’avérer nécessaire. C’est l’évaluation des risques qui est déterminante, et non un simple chiffre affiché sur le thermomètre.

Base juridique

Il n’existe pas de seuil de température fixe, mais une obligation de protection en fonction du risque. Les employeurs doivent évaluer les risques liés à la chaleur sur le lieu de travail concerné et en déduire les mesures appropriées. Si les connaissances internes ne suffisent pas, il est possible de faire appel à des spécialistes de la sécurité au travail et de la protection de la santé. Le SECO mentionne ici expressément les spécialistes ASA. Si les mesures de protection s’avèrent insuffisantes malgré une exposition élevée, une suspension temporaire du travail peut s’avérer nécessaire dans les cas extrêmes.

Comment évaluer concrètement la chaleur sur le lieu de travail ?

Une évaluation pertinente s’appuie sur des valeurs mesurées et sur l’exposition réelle sur le lieu de travail.

Pour le travail de bureau, la fiche technique du SECO s’appuie sur une logique simple en cinq étapes. La température et l’humidité relative de l’air sont mesurées. À cela s’ajoute un coefficient de correction en fonction de l’humidité. La valeur obtenue est ensuite classée dans une catégorie à partir de laquelle les mesures sont définies. Cette méthode permet d’objectiver les discussions, notamment lorsque les collaborateurs perçoivent la chaleur différemment.

Cette logique simplifiée, propre au milieu de bureau, ne suffit pas pour les postes de travail exposés à la chaleur dans le secteur industriel ou pour les travaux physiquement pénibles. Dans ces cas-là, une évaluation technique approfondie s’impose. Pour les activités en plein air, la Suva utilise des niveaux de chaleur et prend en compte non seulement la température, mais aussi l’humidité et l’effort physique. Une humidité élevée, en particulier, aggrave considérablement la contrainte physique, même si le thermomètre n’affiche pas de valeur extrême.

SituationMesure idéaleQui décideComment documenter
Bureau surchauffé l'après-midiOmbrage, aération, pauses supplémentairesDirection et RHNote interne, information à l'équipe, règlement sur les pauses
Travail en extérieur en cas de caniculeDébut matinal, pauses à l'ombre, eauDirection des opérationsPlan d'intervention, consignes, adaptation des horaires
Lieu de travail surchauffé avec des tâches pouvant être effectuées à distanceTélétravail ou délocalisationDirection et RHLieu de travail dans le système, données de temps, autorisation
Interventions reportées en soiréeEnvisager un échange de poste ou le travail de nuitDirection, RH, PaieEnregistrement du temps de travail, exception, majorations

Quelles mesures permettent de lutter contre la chaleur au bureau ?

Baissez les stores dès que le soleil tape directement sur les fenêtres. Aérez pendant les heures fraîches du matin ou de la nuit. Si l'air extérieur est plus chaud que celui de la pièce pendant la journée, il vaut mieux garder les fenêtres fermées. La pièce se réchauffera ainsi plus lentement.
Il convient également de vérifier les sources de chaleur internes. L'éclairage, les écrans, les imprimantes et autres appareils dégagent de la chaleur. Éteindre les appareils inutiles permet de réduire la charge thermique de la pièce. Les boissons doivent être facilement accessibles, et les collaborateurs ont également besoin de temps pour s'hydrater. Des repas légers et une tenue adaptée apportent un soulagement supplémentaire tout au long de la journée.

Les ventilateurs favorisent la dissipation de la chaleur, car le mouvement de l’air améliore l’évaporation sur la peau. À eux seuls, ils ne suffisent pas à résoudre le problème d’une pièce surchauffée, mais ils apportent un soulagement notable au quotidien. Dans un bâtiment administratif dont la façade sud est fortement exposée au soleil, la combinaison de l’ombrage, de l’air frais le matin et du report des réunions à l’après-midi s’avère par exemple efficace.

Quelles mesures faut-il prendre en cas de travail en extérieur ou d’effort physique ?

En cas de travail en extérieur ou d’activités physiquement exigeantes, il faut adapter activement la journée de travail. Le risque augmente plus rapidement dans ces conditions, car le soleil, l’effort et les vêtements agissent simultanément sur le corps.

La Suva recommande de programmer les travaux pénibles en début de matinée et d’avancer l’heure de début du travail. Des pauses supplémentaires à l’ombre font également partie des mesures à prendre. Pour les phases particulièrement éprouvantes, la Suva indique une durée précise : 15 minutes de pause par heure dans un endroit frais. Ce temps de repos n’est efficace que si les équipes peuvent réellement en profiter et ne continuent pas à travailler en parallèle.

De l’eau, du thé non sucré ou des boissons isotoniques doivent être disponibles directement sur le lieu de travail. Les travaux très pénibles doivent être réduits au strict nécessaire. Dans la mesure du possible, les équipes peuvent alterner entre des postes de travail chauds et des postes plus frais. Les équipements de protection individuelle en font également partie :

  • Couvre-chef avec protection de la nuque
  • Vêtements légers
  • Une protection solaire avec un indice SPF d’au moins 30, 50 recommandé

Dans une usine de production, cela peut se traduire ainsi : début du travail à 6 heures, activités physiquement pénibles avant midi, puis des périodes d’effort plus courtes et des missions alternées dans des zones moins chaudes. De telles règles facilitent la planification et aident les équipes à limiter l’effort physique en temps utile.

Bon à savoir

Dans la pratique, la Suva distingue trois niveaux de chaleur : de 21 à 27 °C, de 28 à 32 °C et à partir de 33 °C. Cette classification facilite la planification des interventions. Elle ne remplace toutefois pas une évaluation spécifique à l'entreprise. Une forte humidité, l'exposition directe au soleil et un travail pénible peuvent nécessiter des mesures supplémentaires, même à des températures plus basses. Pour les responsables, cette classification constitue donc une aide à la décision : quand reporter les travaux, quand prévoir des pauses supplémentaires et quand réduire considérablement la charge de travail ?

Quand faut-il adapter les horaires de travail, les pauses et le lieu de travail ?

Les horaires de travail, les pauses et le lieu de travail doivent être adaptés dès lors que la chaleur sur le lieu de travail ne peut plus être suffisamment réduite par des moyens simples.

Les équipes du matin, les horaires décalés et les périodes de travail plus courtes ont un effet particulièrement immédiat pendant une vague de chaleur. Des pauses supplémentaires font également partie des mesures à prendre. Pour certains postes, le télétravail peut également soulager la situation si un site est soumis à une forte chaleur et que les tâches peuvent être effectuées à distance. Cette option est particulièrement envisageable dans les domaines de l’administration, de l’assistance ou de la gestion de projets.

Le travail posté et le travail de nuit peuvent constituer une réponse viable à la forte chaleur diurne. Vous devez toutefois respecter les règles relatives à la durée maximale du travail et aux horaires d’intervention autorisés. Quiconque modifie les horaires de travail estivaux ne doit pas assouplir les limites légales sous la pression du temps.

C’est là que réside la plus grande charge de coordination pour les RH : qui travaille quand, où et avec quelles pauses ? C’est précisément pour cela que vous pouvez gérer numériquement des modèles d’horaires de travail flexibles. Cela vaut aussi bien pour les horaires flexibles que pour les modèles hebdomadaires adaptés, lorsque les pics d’activité doivent être répartis différemment.

Quels sont les groupes qui nécessitent une attention particulière en cas de forte chaleur ?

Certains groupes ont besoin de mesures de protection plus tôt que d’autres. Pour eux, la règle standard appliquée à l’ensemble de l’équipe ne suffit pas toujours.

Pour les collaboratrices enceintes, des températures ambiantes supérieures à 28 °C sont considérées comme pénibles, voire dangereuses. Il faut alors procéder à une évaluation des risques conformément aux dispositions relatives à la protection de la maternité et, si nécessaire, adapter le poste de travail. Les jeunes, les collaborateurs âgés et les personnes présentant des risques pour la santé sont également plus sensibles à la chaleur.

Le SECO mentionne en outre comme particulièrement vulnérables les personnes malades, en convalescence, sous traitement médicamenteux, ainsi que celles présentant un surpoids ou une insuffisance pondérale importants. Les RH devraient donc mettre en place un dispositif de signalement confidentiel. Cela permet d’organiser en temps utile des adaptations individuelles, un poste de travail de remplacement ou un autre lieu de travail.

Quels sont les signes avant-coureurs et les gestes de premiers secours en cas de coup de chaleur ?

Les équipes doivent détecter rapidement les signes avant-coureurs d’un coup de chaleur. Plus les responsables et les collègues réagissent vite, plus il est possible d’enrayer rapidement une évolution dangereuse.

Parmi les signes typiques, on compte la faiblesse, l’épuisement, les vertiges, les nausées, les crampes musculaires et les troubles de la concentration. À cela s’ajoutent la bouche sèche, les maux de tête, la confusion et les vomissements. Il ne faut pas considérer ces symptômes comme de la simple fatigue, surtout lors de travaux en extérieur ou après plusieurs journées de forte chaleur consécutives.

Conduisez immédiatement les personnes concernées dans un endroit frais ou à l'ombre. Donnez-leur de l'eau à boire, rafraîchissez leur corps et mettez fin à l'effort physique. Si nécessaire, faites appel aux premiers secours.

Les processus RH numériques permettent de mettre en œuvre des mesures de protection contre la chaleur au sein de l'entreprise

La protection contre la chaleur ne fonctionne de manière fiable au quotidien que si les adaptations sont planifiées, communiquées et correctement enregistrées. C’est précisément là qu’intervient notre logiciel RH centralisé.

Nous regroupons les horaires de travail, les pauses, les absences et les exceptions dans un seul système. Cela permet de représenter de manière transparente les horaires d’été, les horaires de début flexibles, les journées de télétravail, les changements d’équipe ou les missions reportées. Notre solution fonctionne avec des données en temps réel, des processus automatisés et une connexion directe à la paie. Vous pouvez ainsi gérer vos données de temps de manière fiable, sans double saisie manuelle.

Cela réduit les demandes de précisions entre les responsables hiérarchiques, les RH et la paie. Lorsqu’une vague de chaleur affecte plusieurs équipes de manière différente, toutes les parties prenantes disposent des mêmes informations. Les ajustements restent centralisés et à jour, même en cas de modification de dernière minute des lieux de travail ou des règles relatives aux pauses.

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